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Témoignage de réfugié 2/3

12 juin 2019 témoignage


Albertine Balanga Bonbolioto vit à Halifax depuis mars 2018. Elle a quitté le Congo et passé 15 ans en Ouganda avant d’arriver au Canada en tant que réfugiée.

Pouvez-vous me parler de votre expérience avant d’arriver au Canada ?

Nous sommes arrivés en Ouganda à cause de la guerre. La guerre des tribus entre les Lendus et les Hemas, on ne savait pas que c’était la guerre avec le gouvernement.

Moi, je ne connais pas la politique, je ne connais que les chemins de Dieu, nous sommes Chrétiens. On a quitté pour fuir, on est passé par Mahagi. On a marché à pied à travers la brousse. Si un camion passait on pouvait monter dedans, sinon c’était à pied. On est arrivé en Ouganda en 2003.

En Ouganda, il y avait beaucoup de réfugiés. Pour vivre, ce n’était pas facile. Beaucoup de gens n’avaient pas de place. Les églises ont accueilli beaucoup de gens. L’église l’Assemblée des Saints m’a accueilli. Je suis allée à la police pour m’enregistrer. On m’a envoyé aux ONG, je suis allée à l’OMP (Office du Premier Ministre), au bureau du gouvernement pour être acceptée comme réfugiée. On m’a donné une carte de réfugié. J’étais avec mes quatre enfants. En 2003 j’ai commencé mon dossier de réfugié. Les procédures étaient longues. J’ai quitté l’Ouganda en 2018. J’ai commencé à faire du petit business, rendu des services, vendu du tissu, des bijoux, dégageant un petit bénéfice à chaque fois pour faire vivre ma famille. Ce n’était pas facile. Les enfants étaient malades et les traitements pas efficaces comme ici en Amérique du Nord. J’ai donné mon histoire pendant de nombreuses entrevues. Il y a beaucoup de critères, si votre histoire n’est pas bonne, vous allez rester en Ouganda. On cherchait des gens arrivés avant 2008, j’ai eu de la chance. On a commencé à nous appeler en 2013, j’ai fait un pre-screening et le screening.

Entre 2014 et 2018 les visites aux différents bureaux se sont enchaînées. C’est fatiguant.

« Il faut être fier, nous ne sommes plus des réfugiés, nous ne sommes plus en captivité, nous sommes libres. Tu peux prendre ma photo, publier mon nom, je suis fière. »

Les procédures étaient trop longues, je voulais chercher un autre pays d’accueil mais c’était impossible alors j’ai attendu et les Canadiens sont arrivés. On a fait l’entrevue du pays, les visites médicales, l’orientation. Enfin, nos visas sont arrivés. J’ai eu peur de ne pas pouvoir voyager car j’avais de la tension. Le jour du voyage, pour les enfants c’était la joie. Moi, j’ai pensé à ma fille, je ne savais pas où elle était.

Décrivez votre arrivée à Halifax

Le Rotary Club nous a sponsorisés. Mesdames Grace, Giselle, Brenda. J’ai pleuré quand nous sommes arrivés. Les membres du Rotary c’est ma famille. Ils nous ont donnés à manger, des habits, des chaises, ils nous ont équipés, ils nous ont mis à l’aise. Jusqu’à présent ça me fait pleurer de voir que ces gens nous ont pris en charge.

On a reçu des cadeaux pour Noël, ils ont payé l’inscription dans un club de football pour mon fils. Madame Grace passait souvent à la maison pour demander comment on allait.

La grandeur d’amour des gens, c’est incroyable ! Ils font partie de notre famille.

Que connaissiez-vous du Canada ?

C’est à l’orientation que j’ai découvert et appris des choses sur le Canada. Quand je suis arrivée, j’ai eu un sentiment positif, j’ai été prise en charge, c’est fantastique. Maintenant je veux travailler pour contribuer au Canada, pour payer des impôts.

Que faites-vous actuellement et que voulez-vous faire au Canada ?

Mes 4 enfants étudient. Moi, j’apprends l’anglais, je voudrais garder les personnes âgées, les enfants. Je vais travailler, n’importe quel travail qu’on me donne, il n’y a pas de sous métiers.

Qu’est-ce que ça signifie pour vous la Journée mondiale des Réfugiés ?

La journée mondiale permet de penser aux réfugiés, ce n’est pas facile pour eux. Il faut penser à ce que les gens ont vécu. Si quelqu’un a faim tu lui donnes quelque chose, si tu as de l’amour, que tu fais preuve de compassion, tu vas l’aider.

N’ayez pas peur des réfugiés, c’est le nom seulement. Il faut avoir la joie. C’est plus fort partout où on a accueilli les réfugiés.

Il faut être fier, nous ne sommes plus des réfugiés, nous ne sommes plus en captivité, nous sommes libres. Tu peux prendre ma photo, publier mon nom, je suis fière.