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Témoignage de réfugié 1/3

11 juin 2019 Uncategorized


Kapolo Kanfwa est arrivé à Halifax en tant que réfugié du Congo (RDC) en octobre 2018. En hommage à la journée mondiale des réfugiés (le 20 juin), ils nous livre son témoignage.

Pouvez-vous me parler de votre expérience avant d’arriver au Canada ?

C’est un parcours un peu long. Je suis congolais, j’ai quitté le Congo suite à la guerre, j’ai traversé la frontière pour me réfugier en Zambie en 1999. À partir de 2000, l’ONU (Organisation des Nations Unies) nous a pris en charge. En tant que réfugié, on vit une vie misérable. Quelqu’un sans courage ne peut pas supporter ça, la vie n’est pas facile. C’est misérable parce que c’est comme si on était prisonnier, la vie que cette personne doit mener est misérable. Dans le premier camp en Zambie, on pouvait rester maximum 10 ans, c’était un accord avec les Nations Unies. Après 10 ans, on s’est rendu compte que le camp allait être fermé. Il fallait aller dans un autre pays ou être rapatrié. Certains ont refusé de retourner dans leur pays, c’était mon cas. J’ai décidé d’aller dans un autre camp en Zambie, j’y suis resté pendant 8 ans.

Comment êtes-vous arrivé au Canada?

Le processus pour être sélectionné par un pays comporte plusieurs étapes selon les lois et les accords entre les gouvernements et l’ONU. On affiche les noms ou on appelle les réfugiés sélectionnés. Il faut montrer qu’on mérite d’être choisi par un pays.

La première entrevue c’est le “profiling“, on nous pose des questions  telles que “qu’est-ce qui s’est passé pendant la guerre ?” “Pourquoi vous avez quitté votre pays ?” Vous devez raconter votre parcours et convaincre votre interlocuteur pour passer à la deuxième étape. À la deuxième entrevue, il faut signer, attester que tout ce qu’on a dit est correct, qu’il n’y a pas d’erreur ni de mensonge. Trois personnes sont présentes : le réfugié, un agent de l’ONU et un interprète. Si vous passez cette étape, vous attendez les représentants du pays d’accueil. Il faut être patient, ça prend du temps. J’ai attendu 18 ans en Zambie. Vous n’avez pas le choix de choisir le pays, le pays vous choisit.

Les délégués du Canada sont venus en Zambie et ils ont procédé à des entrevues. J’ai dû répondre aux mêmes questions que pour la première entrevue. Ils ont votre dossier donc si vous dites le contraire, vous êtes écarté. Là aussi vous devez attendre les résultats : ensuite soit vous passez à l’étape suivante, soit vous échouez. Si vous passez, il faut attendre encore quelques mois. Après ça, l’étape suivante c’est la visite médicale. Toutes ces étapes sont soutenues par l’ONU. Il y a des examens pour savoir si vous êtes atteint d’une maladie, certaines maladies sont refusées, pour d’autres, il faut attendre le temps du traitement. Si vous êtes atteint d’une maladie que le pays ne veut pas, vous êtes hors de la course, vous devez attendre qu’un autre pays vienne vous chercher.

La dernière étape c’est le séminaire pour vous faire connaître la culture du pays où vous allez : le climat, comment les gens vivent, … Enfin, une fois que vous terminez le séminaire, vous attendez le départ. Cela peut prendre des mois. Quand le départ est annoncé, l’OIM (Office International des Migrations), une branche de l’ONU responsable des transports, vous emmène à la capitale. Vous avez une carte d’identification du pays qui vous reconnaît comme réfugié. Vous restez deux jours à la capitale, vous avez rendez-vous au ministère de l’intérieur pour vous faire effacer de la liste des réfugiés.

Que connaissiez-vous du Canada ?

Je connaissais ce pays, je l’avais étudié en histoire, je savais qu’il était sur le continent américain. C’est un pays où il y a beaucoup d’eau. Pour l’histoire, j’avais entendu parler de l’Acadie, des guerres entre les Français et les Anglais.

Qu’avez-vous pensé en arrivant ?

Quand je suis arrivé, je me suis dit que c’était un pays où je pouvais obtenir un peu de liberté, la sécurité parce qu’on connaît le Canada comme un pays parmi un exemple en ce qui concerne les droits de l’Homme.

Que pensez-vous du Canada et d’Halifax ?

Halifax c’est la province de Nouvelle-Écosse. Je ne connaissais pas la Nouvelle-Écosse ni Halifax avant. A l’aéroport, c’est là où on a su où on allait, sur les papiers et les billets d’avion. Ici, il fait bon vivre. Auparavant, j’avais l’impression que je n’allais pas être à l’aise. Au fur et à mesure, j’ai découvert Halifax et c’est une ville qui correspond à ce que je veux personnellement. Quand j’étais au camp, j’étudiais. Ici, mon rêve c’est étudier. C’est une ville où il y a beaucoup d’ouverture et où on peut étudier. Il y a presque tous les ingrédients pour qu’un homme trouve tout ce qu’il veut.

Que trouvez-vous difficile ?

Le climat. La neige. C’est la première fois qu’on a vu de la neige en vrai, on l’avait vu dans les films mais jamais en vrai. Il fait trop froid, je n’aime pas trop le chaud mais il fait trop froid. A part le climat, rien d’autre.

« Il y a quelque part où on a des droits, il y a quelque part où on est soutenu, il y a quelque part où on est connu. »

Que pensez-vous de votre nouvelle vie en anglais et en français ?

Au Congo, j’ai étudié dans un système francophone mais je voulais apprendre l’anglais. J’avais placé l’anglais en tête de mes priorités. Mon rêve était de trouver un pays anglophone, une province où on parle anglais, pour moi c’était l’occasion d’améliorer mon anglais. Quand je voulais aller à l’école, comme la Nouvelle-Écosse est une région anglophone, je pensais que tout était en anglais: les universités, les études, … C’était une surprise de découvrir l’Immigration Francophone et les organismes francophones. Je voulais étudier au NSCC mais le problème était qu’il fallait un diplôme canadien, j’avais un diplôme de l’extérieur du Canada.  Il fallait faire deux ans d’études pour pouvoir continuer et obtenir un certificat. L’université Sainte Anne m’a accepté, avec un programme de deux ans, je peux obtenir un certificat en administration des affaires.

Que faites-vous actuellement et que voulez-vous faire au Canada ?

Je fais mes études. Mon but c’est de terminer mes études pour pouvoir chercher du travail.

Qu’est-ce que ça signifie pour vous la Journée mondiale des Réfugiés ?

Pour moi, la Journée Mondiale des Réfugiés, c’est une journée où on célèbre les réfugiés. Malgré qu’on soit réfugié, il y a quelque part où on a des droits, il y a quelque part où on est soutenu, il y a quelque part où on est connu. Il y a un tel groupe de la population qui est dans cette condition. Avant les réfugiés étaient oubliés mais depuis qu’il y a une date fixée, c’est une reconnaissance de la part des gens.